«Le vélo a contribué à émanciper la femme». La Côte, 19.11.2019

«Le vélo a contribué à émanciper la femme». La Côte, 19.11.2019

«Le vélo a contribué à émanciper la femme». La Côte, 19.11.2019

CYLISME : Spécialiste de la petite reine, le journaliste de Trélex Patrick Testuz a plongé dans les tréfonds de l’histoire de la course cycliste. Une aventure relatée dans un ouvrage judicieusement intitulé «Epoques épiques».

Par Arnaud David de la LACOTE.CH

Après le Tour de Romandie, les Suisses sur le Tour de France et les coureurs helvètes sur le Giro, Patrick Testuz rend cette fois-ci hommage aux pionniers. Photo : Glenn MICHEL

En près de quarante ans de carrière journalistique, Patrick Testuz a écumé les routes et chemins empruntés par les plus grandes courses cyclistes de la planète. A commencer par la plus célèbre de toutes, le Tour de France, qu’il a couvert un nombre incalculable de fois, assouvissant ainsi une passion qui l’anime depuis l’enfance – et les exploits d’un certain Eddy Merckx (lire encadré) – et qui ne s’est jamais tarie depuis.

 Préretraité depuis septembre, le Trélésien a ressenti le désir de jeter un regard sur le passé. Pas le sien, même s’il a certainement beaucoup à raconter, mais celui de son sport de cœur. En ciblant une période bien particulière de l’histoire de la petite reine: celle des pionniers.

 De la fin du XIXe siècle aux années 1930

 Début décembre verra l’apparition du fruit de ce désir, qui prendra la forme d’un livre intitulé «Epoques épiques».
«J’ai toujours aimé l’histoire. J’aime apporter des choses aux gens. J’ai envie de découvrir et d’apporter aux autres ce que j’ai découvert. Et je trouve que ces championnes et ces champions méritaient d’être mis en évidence», confie Patrick Testuz, déjà auteur ces dernières années de fascicules consacrés au Tour de Romandie, aux Suisses sur le Tour de France et sur le Giro.

 «C’est parti du Vaudois Edmond Audemars, premier Suisse à être sacré champion du monde en 1903. Et comme on va accueillir les Mondiaux l’année prochaine, je me suis dit que ce serait une belle occasion de concrétiser ce projet auquel je pensais depuis un moment. J’avais aussi beaucoup de cartes postales de coureurs de l’époque, que je voulais montrer et évoquer. Et pas seulement de coureurs suisses.»

L’ouvrage décline ses chapitres principaux sous la forme d’un abécédaire, couvrant une période allant de la toute fin du XIXe siècle aux années 1930, d’un article évoquant un meeting sportif de femmes sur un vélodrome en 1897, à l’histoire d’un coureur allemand, Albert Richter, qui a défié le régime nazi. «Il faut voir comment a été perçue par la presse de l’époque cette réunion féminine. Mais le vélo a, par la suite, contribué à l’émancipation de la femme», explique l’auteur.

A côté de l’évocation de certains faits marquants, comme le destin tragique d’Adolphe Hélière, premier coureur à décéder sur le Tour de France, ou du lien étroit qui existait entre les pionniers du cyclisme et ceux de l’aviation, ce retour aux sources permet aussi de (re)découvrir des personnalités d’exception. Dont, justement, trois femmes qui ont eu l’audace d’ouvrir la voie, à l’image de la Belge Hélène Dutrieu, qui partage la couverture de l’ouvrage avec Edmond Audemars et qui marqua de sa classe la fin des années 1890, ou de la Française Marie Marvingt.

 Les forçats de la route

Morte en 1963 à l’âge de 88 ans après avoir vécu mille vies en une, cette aviatrice de légende, aérostière et inventrice fut, en 1908, la première femme à prendre part – officieusement – à la Grande Boucle. «Les femmes n’avaient pas le droit de s’inscrire. Du coup, elle a pris le départ de chaque étape en s’élançant cinq minutes après le peloton. Et elle est allée au bout», raconte l’historien du sport, qui ne cache pas son admiration pour celle qui, durant la Première Guerre mondiale, s’est fait passer pour un homme pour aller combattre dans les tranchées.

Dans les années 1920, l’Italienne Alfonsina Strada apporta elle aussi sa pierre à l’édifice en prenant part, officiellement cette fois, au Giro 1924. «L’organisateur était en bisbille avec les grandes équipes et il fallait remplir le plateau. Mais la veille du départ, sur la liste, c’était encore mentionné Alfonsin, précise Patrick Testuz. Et puis ils se sont rendu compte que cela leur ferait une pub d’enfer d’avoir une femme au départ. Et elle a réussi à finir ce Tour d’Italie disputé dans des conditions pourries… C’était vraiment une forçat de la route.»

Les fameux forçats de la route. Une expression célèbre dont Patrick Testuz ne manque pas de rappeler l’origine. «C’est une expression qui a été inventée par le journaliste Albert Londres en 1924. Il était venu sur le Tour de France et les frères Pélissier lui avaient sorti toutes les pilules, les trucs qu’ils prenaient pour aller jusqu’au bout de la souffrance.»

Richement illustrées, les 54 pages qui composent «Epoques épiques» constituent un bel hommage d’un amoureux de la petite reine à son sport de cœur. «C’est une manière de donner un peu au vélo après ce que lui m’a apporté, confie-t-il. J’aurais aimé en mettre plus, notamment sur le Tour de France. Il y a vraiment des histoires méconnues que j’aimerais raconter. Ce sera peut- être dans une prochaine publication.»

«Epoques épiques», 54 pages, L’Album du Sport Editions. Prix: 25 francs + frais de port. Publication: début décembre.

Renseignements et commandes: patrick.testuz@bluewin.ch et lalbumdusport.ch

«Il n’y a pas grand-chose qui me procure autant d’émotions»

Ma vie tourne autour du vélo. Il m’a donné la liberté. Enfant, j’habitais à la campagne et quand j’en ai eu un, ce fut incroyable. Le plus extraordinaire, c’était le vent dans les cheveux. Là, tu comprenais que tu pouvais t’échapper. Bon, tu n’allais pas loin (rires) mais c’était un sentiment grisant.» Lorsqu’il évoque son premier sourire lié à la petite reine, Patrick Testuz a l’œil qui brille de cette fièvre qui l’habite depuis ses 10 ans. On est en 1967, Eddy Merckx devient champion du monde sur route. Le «Cannibale» sera sa première idole. «Très vite, j’ai aimé les champions. Et il y avait le Tour de France… Par la suite, le vélo m’a toujours porté. La première fois que j’ai vu la mer, c’est après être descendu à vélo avec des copains sur la Côte d’Azur.
J’avais 19 ans.

Sa vocation de journaliste sportif, il l’a eue très jeune. «Après les étapes du Tour, on refaisait le duel Merckx – Ocaña avec le fils du postier sur un enregistreur à bande. Je ne vois pas ce que j’aurais pu faire d’autre comme métier», glisse le Trélésien, qui a fait ses débuts à «La Semaine sportive» en 1979, avant de passer notamment par «La Suisse», «Le Matin», «24 heures» et, dernièrement, Sport-Center. «Pendant très longtemps, même si c’est un job où on travaille beaucoup, je ne me suis pas rendu compte que j’avais un métier, sourit le récent préretraité. Et si j’ai couvert aussi le football et des Jeux olympiques, le cyclisme restera toujours mon sport de cœur. Il y a une telle dramaturgie… Il n’y a pas grand-chose qui me procure autant d’émotions.»

patrick.testuz@bluewin.ch

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