Le Tour de Romandie

Le « Livre d’or du Tour de Romandie » relate les péripéties de cette épreuve par étapes depuis sa création en 1947 jusqu’en 2004.

Le prix de vente est de CHF 15.- ou  (13 Euros) + les frais d’envoi.

En voici un extrait :

1947
Désiré pour vous servir

A mesure que l’« événement » approchait, la presse s’enflammait. Une semaine avant le début du Tour de Romandie, on pouvait lire dans La Tribune de Lausanne : « Le succès, dès maintenant, semble assuré. Il sera probablement tel que les organisateurs devront récidiver. Le Tour de Romandie mériterait d’ailleurs bien d’être inscrit chaque année au calendrier de la route. »

Dans son édition du 10 mai 1947, le même journal insistait : « Créée à l’occasion du cinquantenaire de l’Union cycliste suisse, cette compétition, qui verra s’aligner les meilleurs routiers d’Europe, est appelée à connaître un retentissement au moins égal à celui des Tours de France et de Suisse. » Sonnez hautbois, résonnez trompettes !

Les quarante partants – répartis en dix formations de quatre coureurs – donnèrent leurs premiers coups de pédales cinq jours plus tard, entre Genève et Morges, lors d’une demi-étape contre la montre de 49 km par équipes. La victoire sourit à la formation mixte Amberg – Helvetia, composé de Leo Amberg, Hugo Koblet, Walter Diggelmann et Walter Amberg. L’après-midi, le quatuor connut des ratés en direction de Sierre et la main passa. Âgé de 22 ans, Koblet devait encore parfaire son apprentissage. Motos et voitures privées s’étant immiscées entre les cyclistes, le final d’étape, mouvementé, se disputa dans une certaine confusion et prêta flanc à la critique. Désiré Keteleer porta une attaque dans le sillage d’un side-car et se détacha. Il arriva seul à Sierre, en ce jeudi de l’Ascension.

La tunique verte de leader sur les épaules, le Belge consolida sa position le lendemain. Il attaqua dans le col des Mosses – la principale difficulté d’un parcours long de 757 km – et bissa à Fribourg. Ferdi Kubler et Gino Bartali réagirent trop tardivement et laissèrent des plumes et de précieuses secondes dans l’aventure.

Rebondissement à la faveur du premier tronçon de la 3e étape. Sur la route conduisant à Bassecourt, Diggelmann – lauréat de l’étape – , Kuhn et Gottfried Weilenmann menèrent une offensive de grand style. Piégés les favoris concédèrent un débours de quelque cinq minutes. Weilenmann endossa le maillot vert avant de le rétrocéder à Keteleer en fin de journée, au Locle. Où Bartali, qui était passé aux choses sérieuses dans les montées du Jura, s’imposa. A Genève, la demi-étape dominicale en ligne tomba dans l’escarcelle de l’Italien Mario Ricci. Dans l’épilogue, Diggelmann remit ça. Polyvalent pas dépourvu de talent, le Zurichois gagna au sprint une épreuve en circuit disputée sur celui dit des Nations.

« Au Tour de Romandie, le Wallon Désiré Keteleer a trouvé le moyen de triompher de quelques-uns des meilleurs routiers transalpins, à commencer le « campionissimo » Bartali. Nous retiendrons ses aptitudes à passer les côtes comme celles de Prosper Depredomme, 7e au classement général. Si l’un et l’autre venaient à jouer les Sylvère Maes lors du prochain Tour de France, nous n’en saurions pas autrement surpris. » Au sortir du premier Tour de Romandie, l’hebdomadaire Sprint, dans son édition du 20 mai 1947, cédait à l’euphorie du moment et tirait des plans sur l’Hexagone.

Ces supputations ne trouvèrent pas confirmation. Capable de briller sur tous les terrains, victorieux de la Flèche Wallonne l’année précédente, le grand et athlétique (1,82 m pour 81 kg) Keteleer semblait pourtant promis à une belle carrière. Sa nature liée à un manque d’ambition l’incita à se mettre au service des autres. Il fut le gregario de luxe de Fausto Coppi puis le « domestique » attitré de son compatriote Fred De Bruyne. Qui appréciait l’habileté manœuvrière et la science de la course de « Dis » Keteleer. « Il n’a pas son pareil pour juger si une échappée doit être jugulée ou négligée. C’est lui qui donne les consignes aux autres équipiers », commentait, élogieux, De Bruyne dans le mensuel Sport et Vie de mai 1957.

Né le 13 juin 1920 à Anderlecht, Désiré Keteleer passa pro en 1942. Il courut jusqu’en 1961. Carrière bouclée, il fut un temps directeur sportif de l’équipe Carpano. Victime d’un mal implacable, il décéda le 17 septembre 1970, à l’âge de 50 ans.