Maillot rose. Les Suisses qui ont fait le Giro

Au Tour d’Italie, le rose et le rosse sont souvent roue dans roue. Un savant mélange d’aigre doux qui rappelle que la vie est partage. Le comportement démonstratif des tifosi dans leurs sentiments comme dans leurs ressentiments en atteste. Retrouvez le catalogue des exploits et des performances helvétiques au Giro – depuis la création de l’épreuve jusqu’en 2006 – avec ce collector qui se lit d’une traite.

Le prix de vente est de 15 francs ou  (13 Euros) + les frais d’envoi.

En voici un extrait :

Le Giro de Hugo

Pour la première fois depuis la création de l’épreuve en 1909, le Giro n’est pas à la botte des Italiens. Considérable, l’événement conféra au lauréat une aura facile à imaginer. A fortiori parce qu’Hugo Koblet n’avait pas les faveurs du pronostic. Pourquoi les auraient-ils eues ? Dans les courses par étapes, son palmarès était encore vierge. Au Tour de Romandie, il avait enregistré les résultats suivants : 21 en 1947, 12e en 1948, 14e en 1949 et 2e cette année-là. Sur la boucle nationale helvétique, il avait abandonné en 1947 et s’était classé 10e en 1948.

Giro bouclé, L’Equipe traduisait mieux qu’une longue diatribe le sentiment général : « Ce qu’aucun critique spécialisé n’aurait osé supposer un seul instant est arrivé. Un coureur étranger a gagné le Tour d’Italie. Il se nomme Hugo Koblet. Il est jeune, beau garçon, sympathique. C’est un Suisse. Et l’on peut dire que cette année 1950 l’aura vraiment révélé comme un grand routier. » Le triomphe de Koblet occulta – presque – le fait que Fritz Schär fut le premier Suisse à endosser le maillot rose. 

Engagé par Learco Guerra pour 200 000 lires pour la saison, Koblet dut sa sélection au Giro à son excellent Tour de Romandie. Sa désignation se fit au détriment d’un autre Zurichois : Attilio Magnaguagno. Conscient des potentialités de son protégé, Guerra lâcha la bride à son « pur-sang » helvétique. Il lui tint ce discours : « Cours selon ton inspiration. Ecoute seulement tes impulsions. »

Avec cinq représentants, jamais il n’y avait eu autant de Suisses au départ. Koblet pouvait s’appuyer sur les services des frères Weilenmann, Gottfried et Leo, alors que Ferdi Kubler défendait les couleurs de la formation Fréjus et Schär celles d’Arbos. Quand bien même ils « guerroyaient » en ordre dispersé, ne se faisant aucun cadeau, les intéressés pesèrent, et comment sur cette édition du Giro. « Il più bel pedalatore » (la presse transalpine dixit) apposa sa patte (de velours) sur le livre d’or de l’épreuve à Locarno (6e étape), en solitaire, et à Vicenza (8e). Où il s’empara du maillot rose, totalisant 19’’ d’avance sur Martini et 2’33’’ sur Schär. Koblet résista ensuite à toutes les attaques après que Fausto Coppi, victime d’une violente chute, se fut fracturé le bassin à Primolano, entre Vicenza et Bolzano (9e étape). Vainqueur l’année précédente, le champion italien totalisait alors un débours de 43’59’’. Projeté à terre et se relevant avec une arcade sourcilière ouverte, Jean Robic fut de même contraint à l’abandon lors de la 12e étape. 

Koblet s’imposa aux dépens de Bartali, Kubler et autre Magni. Ce Giro, Hugo le gagna sous la pluie et dans le froid des Dolomites et dans la poussière du Pian delle Fugazze (8e), des cols et côtes de San Marino (13e), de Muraglione (13e) et de Macerone (16e). Mais aussi et surtout dans la 17e étape Campobasso – Naples pendant laquelle il fut victime de quatre crevaisons en quelque vingt-cinq kilomètres !

A Rome où le Tour d’Italie, 33e du nom, se concluait pour la deuxième fois de son histoire, le protestant Koblet fut reçu en audience au Vatican par le pape Pie XII en compagnie de sa mère, de son directeur sportif Learco Guerra ainsi que de Gino Bartali dit Gino le Pieux. L’histoire veut qu’il s’entretînt en allemand avec le Saint-Père.